dimanche 24 juillet 2016

Pourquoi je n'aime pas (et je n'aimerai probablement jamais) les Inhumains

Je sais que tous les êtres humains au cerveau normalement constitué s'en fichent complètement, mais personnellement l'ascendant pris par les Inhumains dans l'univers Marvel ces dernières années ne lasse pas de m'énerver. En effet, que sont les Inhumains au départ ? Une "race cachée" d'êtres à super-pouvoirs, disposant d'une technologie avancée et qui, malgré cela, pratiquent encore l'esclavage (1) et vivent sous le régime d'une monarchie de droit divin. 
Je sais bien que l'univers des super-héros tels que mis en place par Jack Kirby et Stan Lee pour les éditions Marvel n'est pas riche en démocraties. Et on peut vaguement comprendre que les royaumes mythologiques d'Asgard et de l'Olympe, la Latvérie du Doctor Doom et le Wakanda de Black Panther n'en soient pas, puisqu'étant d'essence mythique (évidente pour les deux premiers, un peu moins pour les deux derniers qui sont respectivement une principauté européenne d'Ancien Régime et une super-tribu d'Afrique telles que fantasmées par l'Amérique). 
Mais les Inhumains ? Kirby a clairement établi que cette super-race a été, dans un très lointain passé, génétiquement modifiée par les extraterrestres Kree. C'est donc un groupe de surhommes issus de la science, et non du mythe, mais tout dans la forme donnée à cette population relève aussi du conte de fées : le bon prince héritier (Black Bolt) évincé par son méchant frère (Maximus le fou), la famille royale constituée des seuls personnages qui comptent dans cette société (les autres se contentant d'y faire de la figuration même pas intelligente), etc. C'est sans doute une des nombreuses raisons pour lesquelles les Inhumains n'ont jamais vraiment décollé dans l'univers Marvel.

Pour dire la vérité, Black Bolt, ce héros tragique qui
ne peut pas ouvrir la bouche sans provoquer une
catastrophe, m'a toujours profondément emm…dé.


Jusqu'à ce que les brumes terrigènes se répandent dans tout le dit Univers Marvel et ne réveillent les gènes inhumains de tas de gens qui se croyaient jusque là tout bêtement humains.
O.K., je veux bien. Ça fournit une nouvelle manière de donner des super-pouvoirs à monsieur ou madame tout-le-monde et ça peut même donner de nouvelles séries intéressantes, comme Ms Marvel.
Mais pourquoi tous ces "nouveaux" Inhumains voudraient-ils avoir quoi que ce soit à voir avec Black Bolt et sa famille royale ? Imaginez qu'un type venu d'une île de Polynésie vienne vous dire que vous avez de lointains ancêtres communs et que de ce fait, comme il est le roitelet de son îlot perdu, vous lui devez allégeance… Vous ne trouveriez pas ça un peu prétentieux ? Vous n'auriez pas envie de lui dire : "Eh, mais qui t'es, toi ? T'es le roi ? J'ai pas voté pour toi, moi !"
Le pire, c'est que dans l'Univers Marvel actuel, les Inhumains sont opposés aux mutants, car il s'avère que les brumes terrigènes sont mortelles pour ces derniers. Or, les mutants de l'Univers Marvel, quoi qu'on dise, ça a toujours davantage représenté une joyeuse anarchie qu'un système politique d'Ancien Régime. C'est un monde de factions, de groupes qui se constituent par affinités ou par communauté d'intérêts. Bref, c'est autrement plus sympa que ces Inhumains qui se la pètent.

Quand on sort de la logique interne à la narration et que l'on passe dans notre monde à nous, on se dit que ce qui a poussé Marvel (la maison d'édition) à mettre en avant les Inhumains, ce sont rien moins que des considérations commerciales, puisque les droits cinématographiques des X-Men et autres mutants étaient vendus à la Fox. Donc, on n'a plus de super-race à mettre dans des films ? Mais si, on en a une ! Et que l'on retoque les Inhumains pour les faire ressembler encore plus aux mutants (n'importe qui pouvant désormais "en être") !
La mutation dans l'Univers Marvel arrivait (comme dans la vie) de façon fortuite. L'inhumanité est le résultat de gènes que l'on porte en soi et qui vous ont été transmis par vos très lointains ancêtres. Le mutant naît différent de ses parents. L'inhumain a hérité de ses parents un potentiel qui pourrait aussi bien être une maladie génétique qu'une couleur de peau ou de cheveux. Le mutant est l'aube d'une nouvelle espèce humaine, l'Homo Superior. L'Inhumain est la remontée à la surface d'un truc très ancien, mis en place par une race extra-terrestre.
Je ne voudrais pas dire, mais cette opposition entre deux races imaginaires évoque l'opposition bien réelle entre les tenants de l'évolution comme processus naturel et ceux qui, ne voulant pas éliminer un machin divin de l'équation, postulent une évolution "intelligente" ou "dirigée". Idéologiquement, ça ne sent pas très bon.

1. Ou viennent à peine de l'abolir. L'émancipation des primitifs-Alpha devant dater de 1973, en "temps Marvel", c'est comme si elle avait eu lieu il y a cinq ans.

jeudi 16 juin 2016

Mini-salon de la BD LGBT à Toulouse samedi 18 juin 2016


Ce week-end, je serai à Toulouse pour le premier Mini-salon de la BD LGBT. Pour tout savoir, cliquer ici.
Sachez qu'il y aura, entre autre, une lecture de BD par leurs auteur(e)s et une conférence/débat sur les super-héros LGBT. Vendez nombreux !

lundi 13 juin 2016

La Revue LGBT BD

Je n'ai pas bloqué beaucoup par ici depuis… oh, boudiou ! Depuis mars 2015. Mais j'ai une excuse : j'ai lancé une revue de BD à thématique LGBT qui s'appelle La Revue LGBT BD (désolé, je n'ai rien trouvé de plus malin). Voici à quoi ressemblent les trois premiers numéros :




Et vous savez quoi ? Il y a même un blog pour La Revue LGBT BD. On y va en cliquant ici.

mardi 31 mars 2015

Les jolis garçons ignorent Sina Sparrow... et ils ont tort

Je viens d'écrire un nouvel article sur mon blog en anglais, File Under Q for Queer consacré aux bandes dessinées LGBTQ. Il est consacré à Sina Sparrow, un auteur britannique qui fait de bien beaux zines :





lundi 2 mars 2015

Si la BD fait son cinéma, est-ce que le cinéma se fait une BD ?

J'apprends à l'instant l'existence d'un festival dont la volonté est de, je cite "créer un  pont entre les 7e et 9e arts". Et le texte de présentation de citer un certain nombre d'adaptations de BD au cinéma ou de films réalisés par des auteurs de BD, concluant que "BDphiles et cinéphiles se trouvent parfois réunis dans la même salle le temps d'un film". D'accord. Mais un pont, en général, ce n'est pas à sens unique. S'il en existe un qui va de la BD vers le cinéma, il est censé aller aussi du cinéma vers la BD. Il est bien annoncé des "dédicaces, rencontres avec de nombreux auteurs de BD" mais en quoi cela diffère-t-il de n'importe quel salon du livre ou festival de BD ? Si l'on comprend bien ce que la BD apporte au cinéma, qu'est-ce que le cinéma apporte à la BD, là-dedans ?

samedi 28 février 2015

Le musée privé de monsieur Ogizaki


Graham Kolbeins est un Américain qui, depuis quelques années, a entrepris de faire découvrir l'art gay japonais, et en particulier la bande dessinée. Cela l'a amené, entre autres, à réaliser avec sa complice Anne Ishii le premier livre en anglais consacré au maître nippon Gengoroh Tagame, The Passion of Gengoroh Tagame, puis l'anthologie Massive, consacrée aux auteurs japonais de gei manga, ainsi qu'un site tumblr sur le même thème. Dans ce court documentaire, il raconte sa visite en compagnie d'Anne Ishii et de Gengoroh Tagame à un collectionneur, Masahiro Ogizaki, qui a fait de son appartement un véritable petit musée consacré à l'art érotique gay nippon.

samedi 21 février 2015

Encore un nouveau blog : File Under Q for Queer

Décidément, je suis incorrigible : je ne peux pas m'empêcher de créer des blogs. Le nouveau s'appelle File Under Q for Queer, et j'y parle (en anglais) de personnages et de séries BD LGBT.