mercredi 22 août 2012

Un article sur le bara

Quand je vois mon jeune camarade Alex Nikolavitch qui blogue quasiment tous les jours, voire deux fois par jour, sur son blog d'enfer la War Zone, je me dis que je suis vraiment une grosse feignasse. Mais bon, que voulez-vous, on ne se refait pas ! À ma décharge, je dirais que je bossais, mais comme Alex aussi, l'excuse n'est peut-être pas si bonne que ça, finalement.
Mais au fait, je bossais sur quoi ? Oh, plein de choses, depuis le dernier post (qui remonte quand même au mois de mai). Pour n'en citer que quelques-unes : la traduction de Harvey Pekar's Cleveland, un roman/mémoire graphique qu'Harvey Pekar avait voulu consacrer à sa ville natale de Cleveland, et qu'il ne verra jamais achevé pour cause de mort inopinée (à paraître chez çà et là) ; la traduction de diverses BD Disney dont un épisode de PKNA/Paperinik New Adventures, une série bien chtarbée publiée en Italie à la fin des années 1990/début des années 2000, et dont nous n'avons vu en France que la troisième mouture, alors que la version d'origine arrachait bien sa planète, comme diraient mes copains qui parlent djeunz (à paraître dans Super Picsou Géant 172, mais je vous recommande tous les numéros avec cette série, qui je crois y paraît depuis le 170) ; la traduction (encore) du tome 3 de Charley's War, rebaptisé en français La Grande Guerre de Charlie, bande anglaise cultissime (ou qui devrait l'être) sur la Première Guerre mondiale, avec une mentalité anti-guerrière assez réjouissante (à paraître chez Délirium). Et puis, tout récemment, un article sur la BD porno gay japonaise pour la revue Manga 10000 images.
Ça, ça me tient particulièrement à cœur. Je m'explique. Manga 10 000 images est une initiative formidable, une revue thématique érudite sur la bande dessinée japonaise, le genre de truc que j'aurais dévoré s'il avait existé dans les années 1980-1990. J'ai eu le bonheur de participer au numéro 2, consacré à Osamu Tezuka, ce qui m'a permis de (et poussé à) finaliser un projet d'article que j'avais depuis des années sur la refonte effectuée par Tezuka de Shintakarajima, son premier "story manga", pour la collection de ses œuvres intégrales par Kôdansha. Et il était question depuis quelques années, que je réalise un article sur le bara, c'est-à-dire la bande dessinée pornographique/érotique gay japonaise destinée à un lectorat gay (donc distincte du yaoi ou boys love, destiné à un lectorat féminin hétérosexuel). L'article était initialement prévu pour un numéro consacré à la BD underground nippone, puis il s'est intégré dans un projet de refonte complète du numéro 1, dont le thème était le yaoi et l'homosexualité dans les mangas.
Tous ceux qui me connaissent que l'homosexualité dans la BD est un thème que j'affectionne. Cet article sur le bara a donc été pour moi l'occasion de faire le point de mes propres connaissances sur un sujet, il faut bien l'avouer, assez pointu. Première constatation : on ne trouve que très peu de documentation sur le sujet, que ce soit sur papier ou en ligne. J'ai donc eu l'impression de ne pas perdre mon temps et d'accomplir un réel travail de défrichage. Deuxième constatation : le bara est essentiellement connu en occident à travers un auteur, Gengoroh Tagame, dont seule une partie de l'œuvre est disponible dans des langues occidentales (cinq volumes en français - devenus six par travail éditorial - trois volumes en espagnol, deux en italien… et bientôt une anthologie en anglais). Cela ne représente même pas la moitié des BD qu'il a réalisées, et n'avance évidemment pas la connaissance des nombreux autres auteurs de bara.
À partir de ces constatations, il m'a bien fallu tirer la conclusion qui s'imposait : une grande partie des informations et jugements de valeur qui se retrouveraient dans mon article devraient venir de l'exploitation des données disponibles dans la petite collection de bara achetés au fil des ans à des boutiques japonaises en ligne (merci internet). C'est dans ces moments-là que j'ai le sentiment de ne pas avoir totalement perdu mon temps en consacrant quelques années à l'étude de la langue nippone. 

4 commentaires:

Nikolavitch a dit…

Ne te flagelles pas pour le fait de ne pas mettre trop souvent à jour ton blog : comme tu l'auras peut-être noté, certains de mes posts se bornent à mettre en ligne une image rigolote avec une légende absurde, ou a rediffuser de vieux articles. Pas des choses qui me demande un intense effort rédactionnel, donc.

Jean-Paul Jennequin a dit…

Ah, tu as certainement raison mais bon, on se sent coupable quand même…

Jérôme Doré a dit…

Bonjour,

Vous ne faites pas mention dans votre liste du tome 2 de l'Histoire des Comics
Est-ce un projet abandonné ?

Jean-Paul Jennequin a dit…

Pas abandonné, mais pour que je m'y remette, il faudrait que j'aie du temps. Et comme vous avez pu le lire, des tas de gens font rien qu'à me faire traduire des BD et écrire des articles. Et en plus, ils me payent. C'est très difficile de leur dire non quand ils utilisent de tels arguments.