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dimanche 20 juillet 2014

Tristesse de Donald Duck

Crédit photo : Dominique Faget/AFP/Getty Images
C'est l'une des photos des restes de l'avion de Malaysia Airlines abattu en Ukraine. Dans la partie supérieure gauche, on reconnaît Donald. La photo est assez bonne pour identifier la BD : il s'agit de Donald Duck Pocket 202, un équivalent néerlandais de notre Mickey Parade Géant. Voilà à quoi ressemble la couverture vue de près :

Dessin de couverture de Michel Nadorp


Je passe une bonne partie de mon temps depuis des années à traduire en français des histoires de Donald, de Picsou et de Mickey et j'ai un peu tendance, à la longue, à oublier qu'au bout de la chaîne d'édition, il y a des lecteurs, qui sont en majorité des enfants. Ça me rend triste de regarder cette photo et de penser à ces enfants pour qui on avait acheté ce Donald Duck Pocket, qui sont un peu mes lecteurs, ce magazine étant composé de traductions d'histoires scandinaves et italiennes, le même genre que je traduis où j'adapte pour Picsou Magazine, Super Picsou Géant et Mickey Parade Géant.


mercredi 1 mai 2013

Il arrive que Donald ne casse pas trois pattes à un canard (mais il arrive aussi que si)


Quand on traduit, et donc que l'on lit, beaucoup de BD Disney, comme c'est mon cas, on est bien forcé de constater que tout n'est pas du même niveau. Des milliers, des dizaines de milliers de BD ont été produites depuis les années 1930 avec Mickey, Donald, Picsou et les autres, mais tout n'est pas mémorable, loin de là. Il faut bien remplir les pages de tous ces hebdomadaires, mensuels et trimestriels. Alors, dans l'exercice de mon métier, je me retrouve parfois - heureusement, pas souvent - à traduire des BD d'une bêtise absolue, d'une invraisemblance totale, des bandes aux scénarios tellement mauvais qu'elles n'auraient même pas fait rire Charlie Schlingo au quatre-vint-quatorzième degré. 
Il n'y a pas longtemps, j'ai traduit une histoire qui semblait avoir été écrite par un gamin de six ans où Donald, rendu amnésique par un coup sur la tête, se prenait pour un marin et s'embarquait sur un bateau dont l'équipage le prenait pour un vieux loup de mer. Tous les personnages censés être des adultes se comportaient comme des enfants crédules et naïfs. Il suffisait à Donald de dénoncer ses neveux, partis à sa poursuite, comme de dangereux pirates, pour que tout le monde le croie sur parole. 
En ce moment, je suis sur une histoire où Picsou se retrouve en prison parce que les Rapetou ont cambriolé une banque en s'aidant de Donald déguisé en Picsou (et convaincu par eux qu'il tournait un film). Ce genre de scénario donne un sens nouveau à l'expression "tiré par les cheveux". 
Et en même temps, la revue qui publie ces niaiseries a également au sommaire de très bonnes bandes, comme Doubleduck (Donald agent secret), une série d'épisodes scandinaves où les Castors Juniors voyagent dans le temps (dessinés par le très bon Alrid Midthun) et une version de Dracula avec Mickey, Minnie et compagnie dans les rôles principaux.
Et pour dire que je ne tombe pas que sur des navets : il me reste à traduire une histoire courte où Donald reçoit une carte de crédit et se met à dépenser sans compter, juste avant que Picsou ne ferme l'usine de margarine où il travaille pour faire produire moins cher à l'étranger. Le dessin est de Vicar, dessinateur argentin récemment décédé, qui était alors au summum de la loufoquerie graphique, et le scénario d'un certain Gaute Moe, auteur de BD norvégien qui, d'après l'encyclopédie INDUCKS, travaillerait à temps partiel comme conducteur de tram. À paraître dans quelques mois dans Super Picsou Géant n°177 et chaudement recommandé.

jeudi 22 novembre 2012

Quand Donald Duck n'avait pas de neveux

En ce moment, je travaille sur une exposition qui aura lieu au prochain Festival International de la BD d'Angoulême. Le titre en est Mickey et Donald : tout un art et présentera quelques-uns des auteurs de BD qui ont travaillé sur ces grands personnages classiques de Walt Disney. Bien sûr, il y sera question de ceux que connaissent tous les amateurs de BD Disney : Floyd Gottfredson, Carl Barks, Romano Scarpa, Don Rosa, etc. Mais à l'occasion des recherches que je fais pour la préparation de cette expo, je découvre ou redécouvre des éléments vraiment très peu connus de l'histoire de la BD Disney. 
Par exemple, qui a été le premier auteur de BD à envoyer Donald Duck dans de vraies aventures de longue haleine ? Si vous avez répondu Carl Barks, vous avez tout faux. Même si Barks envoie Donald et ses neveux à l'aventure dès 1942 (dans sa première BD, Donald Duck Finds Pirate Gold), il a été précédé de presque cinq ans par un Italien du nom de Federicho Pedrocchi. Ce dernier est l'auteur, scénario et dessin, de Paperino e il mistero di Marte ("Donald et le mystère de Mars") paru dans l'hebdomadaire Paperino e altre avventure à partir du numéro 1 (30 décembre 1937). Cette histoire de dix-huit pages où Donald fait cavalier seul sera suivi par une autre, Paperino inviato speciale ("Donald envoyé spécial") où il devient journaliste et fait équipe avec Peter le cochon, son ancien compagnon de débauche du dessin animé La Petite Poule avisée, dans lequel il avait fait ses débuts en 1934.
Et Pedrocchi n'était pas le seul Européen à faire vivre des aventures à Donald. Un certain William A. Ward, dessinateur et producteur de dessins animés, réalise Amongst the Hillbillies with Donald and Mac dans l'hebdomadaire britannique Mickey Mouse Weekly à partir du numéro 104, du 29 janvier 1938 (donc moins d'un mois après le lancement des aventures italiennes de Donald). Le Mac dont il est question est un vieux marin à moustache et truffe de chien, création originale de Ward qu'il réutilisera dans d'autres créations comme Donald Duck with Mac in Quest for the Giant Weed et Donald Duck with Mac in A Trip to the Moon.
Pedrocchi et Ward ont eu à affronter le même problème : donner à Donald un compagnon d'aventures (ça évite que le héros se parle à lui-même tout le temps). Ils ne pouvaient pas, comme Barks, utiliser Riri, Fifi et Loulou, qui ne font leurs débuts en BD qu'à la fin 1937 et en dessin animé début 1938. Pedrocchi se rabat sur Peter le cochon, comparse déjà bien oublié après son unique apparition de 1934. Par la suite, il utilisera Dingo comme faire-valoir de Donald. Ward, à l'inverse, crée de toutes pièces Mac, un vieux loup de mer, ce qui est somme toute assez logique puisque Donald porte lui-même en permanence un costume de marin.
Il est intéressant de constater que ces essais n'ont guère eu de postérité. C'est bel et bien la version de Barks (Donald associé à ses trois neveux) qui s'est imposée, peut-être parce qu'elle convenait mieux au caractère du personnage, peut-être à cause de l'énorme influence exercée par l'Homme des Canards sur la BD Disney d'après-guerre. En tout cas, force est de constater que dans les quelques histoires où Donald est associé au perroquet José Carioca et au coq Panchito, il se retrouve à jouer les clowns blancs face à deux personnages encore plus farfelus que lui. C'est également vrai dans les quelques histoires du trio parues vers 1945 et dans la superbe histoire de Don Rosa Le Retour des 3 Caballeros que j'avais eu le plaisir de traduire, il y a… hou là là, si longtemps que ça ?