Beaucoup, beaucoup de travail de traduction ces derniers temps, ce qui explique la fréquence pour le moins irrégulière de ce blog. On verra donc paraître, entre autres, dans les mois qui viennent, le tome 7 de La Grande Guerre de Charlie de Pat Mills et Joe Colquhoun (en octobre), et Serpents et échelles d'Alan Moore et Eddie Campbell (le 21 août).
Et puis, j'ai créé un site tumblr pour les photos que je prends des vues les moins pittoresques de Paris (j'ai horreur du pittoresque). Ça s'appelle NOT Picture Postcard Paris et ça se trouve là.
Parmi les photos mises en ligne, celle-ci, prise le 23 juin du dix-huitième étage de la Tour Sud de la Bibliothèque nationale de France lors de la soutenance de thèse de Sylvain Lesage. Cette thèse s'intitulait "L'effet codex : quand la bande dessinée gagne le livre. L'album de bande dessinée en France de 1950 à 1990" et d'après ce qu'en disaient les membres du jury (qui l'avaient lue, eux, les veinards !) elle semblait passionnante. J'espère qu'elle fera bientôt l'objet d'une publication.
Tiens, je viens de me rendre compte qu'aujourd'hui, cela fait exactement trente-sept ans que j'ai eu mon Bac et ça ne me rajeunit pas, tout ça, mon pauv'monsieur !
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lundi 7 juillet 2014
mardi 18 février 2014
D'une certaine BD franco-belge qui ne se porte pas très bien, il faut l'avouer…
Passé aujourd'hui aux éditions Çà et Là pour lesquelles je suis en train de traduire Snakes and Ladders, un monologue d'Alan Moore mis en images par Eddie Campbell. Discussion avec Serge Ewencwyk, créateur de la maison d'édition, qui a récemment publié sur son blog le bilan des ventes de 2013. L'un des sujets abordés était que les éditeurs de BD, qu'ils soient grand ou petits, publient beaucoup de livres dont les ventes ne dépassent pas les quelques milliers, voire les quelques centaines d'exemplaires. La plupart des gens semblent incapables de comprendre que le potentiel de vente d'un livre - et par là toute l'économie qui en découle - ne dépend pas de la taille de sa maison d'édition. Il y avait eu il y a quelques mois une discussion assez animée sur actuaBD au sujet de la rémunération des auteurs dans la revue Papier, publiée par les éditions Delcourt. En me basant sur les informations données par le rédacteur en chef de la revue, Lewis Trondheim, sur son tirage et les ventes escomptées, ainsi que sur son prix de vente, j'avais calculé que la rémunération annoncée me semblait juste. Mais décidément, pour certains participants, l'idée qu'un gros éditeur comme Delcourt envisage de publier et de vendre une revue à "seulement" 3000 exemplaires était le signe d'un manque d'ambition de sa part. Comme on dit en anglais : "damned if you do, damned if you don't".
Ces dernières années, on a beaucoup écrit et commenté sur la surproduction dans le domaine de la BD, et sur les conséquences désastreuses qu'elles auraient sur les revenus des auteurs. J'ai l'impression que l'on a sur ce sujet considérablement généralisé. Il me semble qu'il n'y a pas aujourd'hui un marché de la BD mais des marchés (par exemple celui de la BD jeunesse, celui du roman graphique…) qui ne servent pas les mêmes publics. Celui de ces marchés qui souffre véritablement, c'est celui de la BD de distraction destinée au grand public adolescent et adulte, souvent organisée dans le cadre de genres comme le polar, la fantasy, l'aventure historique, etc. Cette BD, publiée sous forme d'albums cartonnés en couleurs d'une cinquantaine de pages, est en perte de vitesse. Et il est difficile d'imaginer comment elle ne le serait pas puisqu'elle traîne toujours les handicaps structurels qu'elle avait déjà il y a une vingtaine d'années, quand le marché se réduisait à environ 6 à 700 sorties annuelles (contre environ 5000 aujourd'hui) : cherté du support, fréquence de publication trop lente (un album par an), lecture trop rapide… Face à la concurrence des comics américains, des mangas, des séries télé, du cinéma, des jeux vidéo, cette BD de distraction fait de moins en moins le poids. Du moins dans sa présentation actuelle, dans son format de publication actuel. Et sa rentabilité globale est en chut libre. D'où la question : trouvera-t-on le moyen de la rendre à nouveau rentable et quelque peu populaire avant qu'elle ne meure de sa belle mort ?
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mercredi 21 novembre 2012
La Coiffe qui décoiffe
Sans être aussi stakhanoviste que mon camarade Alex Nikolavitch, je traduis beaucoup, beaucoup de choses. Mais j'en ai rarement autant sué que sur la version française de The Birth Caul, à paraître aux éditions çà et là, que je viens de terminer.
Au départ, The Birth Caul (littéralement : "La Coiffe de naissance") est le texte d'une performance donnée par Alan Moore le 18 novembre 1995 au Vieux Tribunal de Comté de Newcastle-upon-Tyne. Cette performance restera unique, comme toutes celles d'Alan Moore, qui ne les considère pas à proprement parler comme des spectacles mais plutôt comme des cérémonies magiques. Quelques années plus tard, Eddie Campbell, collaborateur de Moore sur From Hell, propose au barbu de Northampton de réaliser une adaptation graphique du texte. Il l'édite en 1999 dans le cadre de sa maison d'édition eddie campbell comics. Cette version a été reprise en 2010 chez l'éditeur anglais Knockabout avec une autre adaptation de Cambell d'un texte de Moore, Snakes and Ladders, dans un volume intitulé A Disease of Language.
Mais, me direz-vous, qu'est-ce qu'il y avait donc de si compliqué à traduire dans ce petit bouquin de quarante-huit pages ? Rien. Et tout. Alan Moore n'y utilise pas de mots compliqués ni de tournures de phrases tarabiscotées, son texte étant conçu pour être lu à voix haute devant un public censé l'appréhender immédiatement, puisqu'il n'avait pas la possibilité de revenir en arrière. Mais Moore use d'une langue très riche, précise, garnissant ses substantifs de nombreux épithètes, dont la sonorité compte presque autant que le sens. Bref, une langue poétique, dont n'importe quel traducteur vous dira que c'est la plus difficile à traduire, justement à cause de cet entremêlement du sens et du son qui en fait la spécificité. Autant dire que les quelque cinq cents pages de From Hell n'étaient qu'amusette comparées à ces quarante-huit pages là.
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