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mardi 12 mars 2013

Gay Manga, le retour

J'avais parlé ici il y a quelques mois de l'article que j'étais en train d'écrire sur le bara pour la revue Manga 10 000 Images. Je m'y plaignais du peu d'informations disponibles sur le sujet. Et voilà qu'apparaît récemment un blog sur le dit sujet : Gay Manga. Essentiellement composé d'illustrations, avec parfois de courts textes très informatifs, c'est un bon endroit sur le ouèbe où se renseigner sur le sujet. Bien sûr, Gengoroh Tagame y est à l'honneur !

mardi 4 septembre 2012

Les Hommes à moustache se ressemblent et les signes diacritiques sont aux abonnés absents



En haut, le commissaire Tanaka, de la série 8 Man. En bas, l'inspecteur (sic) Gordon du  Batman nippon. Tous les deux sont dessinés par Jirô Kuwata. On pourrait presque jouer au sept différences (les sourcils, la forme du nez, la moustache…) Il n'empêche qu'ils font assez Dupond et Dupont.

Je viens de m'apercevoir d'une chose qui ne m'avait pas frappée auparavant : dans l'ouvrage Bat-Manga! d'où est tirée l'illustration du bas, les voyelles longues ne sont pas notées. Ainsi, Jirô devient Jiro, l'hebdomadaire Shônen King est noté Shonen King, etc. C'est une aberration orthographique parce que la langue japonaise distingue les voyelles courtes des voyelles longues. 
J'avais déjà eu affaire à cet étrange mépris des anglo-saxons pour la graphie nippone lorsque j'avais traduit la biographie d'Osamu Tezuka par Helen McCarthy pour les éditions Eyrolles. Je m'étais embêté à rétablir le maximum de voyelles longues non notées, que ce soit dans les titres (BD, dessins animés) ou les noms de famille (et c'est dans ces moments-là que l'on se dit qu'internet est une invention formidable). 
J'avais cru que cette idiotie avait pour origine la paresse d'un maquettiste qui ne voulait pas s'embêter à trouver une police de caractères incluant les signes diacritiques (c'est-à-dire le trait que l'on met au-dessus d'une voyelle pour indiquer qu'elle est longue ; en français, l'accent circonflexe se prête très bien à ça). Mais non ! J'ai posé la question à Helen McCarthy lors d'un repas dans un restaurant japonais à Londres (trop people, que je suis) et elle m'a appris que les éditeurs britanniques, mais surtout américains, craignaient que cette graphie ne rende le livre difficile d'accès aux lecteurs qui n'auraient pas su comment l'interpréter. Si même les éditeurs prennent leurs lecteurs pour des imbéciles, la culture est mal barrée !

lundi 3 septembre 2012

8 Man ! Eiii-to Man !

On pourrait croire qu'il est facile de lire des mangas quand on est Français, étant donné le nombre impressionnant de bandes dessinées japonaises traduites par les éditeurs francophones. Seulement voilà: ce nombre impressionnant se limite pour l'essentiel à des mangas récents. Si l'on veut explorer une époque antérieure aux années 1980, une seule possibilité : prendre ses notions de japonais et son dictionnaire sous le bras et s'attaquer à un recueil d'œuvres classiques en version originale. Fort heureusement, de même qu'en France, la notion de "classique" est fort galvaudée dans l'édition nippone et il ne manque pas, dans le lot, de BD d'aventures pour adolescents qui ont l'avantage d'être faciles à comprendre parce que l'on n'y parle pas trop et que les lectures des idéogrammes y sont données systématiquement.

En ce moment, je lis 8 Man (prononcé "Eight/Eito Man") de Kazumasa Hirai (scénario) et Jirô Kuwata (dessin). Oui ! Le même dont j'ai déjà parlé ici pour dire que lorsque le dessinateur avait réalisé une BD de Batman, il avait repris les traits du héros d'8 Man et de son assistant pour Bruce Wayne et Dick Grayson. La bande est parue dans Shônen Magazine de mai 1963 à mars 1965 (et non 1966, comme le recopient entre elles toutes les notices wikipedia occidentales - la notice nippone se contente de donner la date de début puis se concentre lourdement sur la série télévisée inspirée de la BD). Il y eut un dessin animé, diffusé au Japon de novembre 1963 à décembre 1964 et aux Etats-Unis à partir de 1965 sous le titre 8th Man. Et au moment où je tape ces lignes, le générique japonais du dessin animé me trotte dans la tête et je crois qu'il va avoir du mal à en sortir (les curieux peuvent l'écouter ici). "Fight ! Fight ! Fight, fight fight ! Eight ! Eight ! Eight, Eight, Eight !" C'est parti pour la journée.
Ça ne manque pas de sel de lire une BD de presque cinquante ans. Le héros est un robot qui se dissimule sous l'identité secrète du détective privé Hachirô Azuma (dont le "hachi" du prénom s'écrit et se prononce comme le 8 japonais). Il collabore avec la police (le commissaire Tanaka, encore un homme à moustache) sans que son statut de détective privé semble poser le moindre problème à qui que ce soit. Dans l'épisode que je suis en train de lire, il va dans un lycée de jeunes filles demander des renseignements au directeur sur l'une de ses élèves et le monsieur lui déballe tout ce qu'il sait sans s'inquiéter de ce qu'il dévoile sur une mineure à un parfait inconnu - bon, tout de suite après, la mineure en question, qui a des pouvoirs psi, déclenche une attaque de corbeaux et de chiens errants sur ses camarades de classe, donc on peut penser que l'intervention du détective privé était justifiée. Autre détail qui marque son époque : quand 8 Man veut reprendre des forces, il aspire dans un petit cylindre qui ressemble à s'y méprendre à une cigarette. Envoyé à l'hôpital et incapable de bouger, il demande au médecin de lui glisser sa "cigarette" dans la bouche pour qu'il puisse s'en griller une ! On imagine mal une telle scène aujourd'hui.
Un autre aspect frappant, c'est la prolifération des super-héros dans la BD japonaise à la fin des années 1950 et jusqu'au milieu des années 1960. Etant données les dates, le phénomène ne semble avoir aucun rapport avec la Batmania américaine et seulement un peu avec la popularité locale de Tetsuwan Atom/Astro Boy. Je soupçonne aussi un effet conjoint de l'air du temps (la conquête spatiale entraînant un intérêt pour la science et la SF) et de la popularité de Superman, en particulier à travers la série télévisée des années 1950.

mercredi 22 août 2012

Un article sur le bara

Quand je vois mon jeune camarade Alex Nikolavitch qui blogue quasiment tous les jours, voire deux fois par jour, sur son blog d'enfer la War Zone, je me dis que je suis vraiment une grosse feignasse. Mais bon, que voulez-vous, on ne se refait pas ! À ma décharge, je dirais que je bossais, mais comme Alex aussi, l'excuse n'est peut-être pas si bonne que ça, finalement.
Mais au fait, je bossais sur quoi ? Oh, plein de choses, depuis le dernier post (qui remonte quand même au mois de mai). Pour n'en citer que quelques-unes : la traduction de Harvey Pekar's Cleveland, un roman/mémoire graphique qu'Harvey Pekar avait voulu consacrer à sa ville natale de Cleveland, et qu'il ne verra jamais achevé pour cause de mort inopinée (à paraître chez çà et là) ; la traduction de diverses BD Disney dont un épisode de PKNA/Paperinik New Adventures, une série bien chtarbée publiée en Italie à la fin des années 1990/début des années 2000, et dont nous n'avons vu en France que la troisième mouture, alors que la version d'origine arrachait bien sa planète, comme diraient mes copains qui parlent djeunz (à paraître dans Super Picsou Géant 172, mais je vous recommande tous les numéros avec cette série, qui je crois y paraît depuis le 170) ; la traduction (encore) du tome 3 de Charley's War, rebaptisé en français La Grande Guerre de Charlie, bande anglaise cultissime (ou qui devrait l'être) sur la Première Guerre mondiale, avec une mentalité anti-guerrière assez réjouissante (à paraître chez Délirium). Et puis, tout récemment, un article sur la BD porno gay japonaise pour la revue Manga 10000 images.
Ça, ça me tient particulièrement à cœur. Je m'explique. Manga 10 000 images est une initiative formidable, une revue thématique érudite sur la bande dessinée japonaise, le genre de truc que j'aurais dévoré s'il avait existé dans les années 1980-1990. J'ai eu le bonheur de participer au numéro 2, consacré à Osamu Tezuka, ce qui m'a permis de (et poussé à) finaliser un projet d'article que j'avais depuis des années sur la refonte effectuée par Tezuka de Shintakarajima, son premier "story manga", pour la collection de ses œuvres intégrales par Kôdansha. Et il était question depuis quelques années, que je réalise un article sur le bara, c'est-à-dire la bande dessinée pornographique/érotique gay japonaise destinée à un lectorat gay (donc distincte du yaoi ou boys love, destiné à un lectorat féminin hétérosexuel). L'article était initialement prévu pour un numéro consacré à la BD underground nippone, puis il s'est intégré dans un projet de refonte complète du numéro 1, dont le thème était le yaoi et l'homosexualité dans les mangas.
Tous ceux qui me connaissent que l'homosexualité dans la BD est un thème que j'affectionne. Cet article sur le bara a donc été pour moi l'occasion de faire le point de mes propres connaissances sur un sujet, il faut bien l'avouer, assez pointu. Première constatation : on ne trouve que très peu de documentation sur le sujet, que ce soit sur papier ou en ligne. J'ai donc eu l'impression de ne pas perdre mon temps et d'accomplir un réel travail de défrichage. Deuxième constatation : le bara est essentiellement connu en occident à travers un auteur, Gengoroh Tagame, dont seule une partie de l'œuvre est disponible dans des langues occidentales (cinq volumes en français - devenus six par travail éditorial - trois volumes en espagnol, deux en italien… et bientôt une anthologie en anglais). Cela ne représente même pas la moitié des BD qu'il a réalisées, et n'avance évidemment pas la connaissance des nombreux autres auteurs de bara.
À partir de ces constatations, il m'a bien fallu tirer la conclusion qui s'imposait : une grande partie des informations et jugements de valeur qui se retrouveraient dans mon article devraient venir de l'exploitation des données disponibles dans la petite collection de bara achetés au fil des ans à des boutiques japonaises en ligne (merci internet). C'est dans ces moments-là que j'ai le sentiment de ne pas avoir totalement perdu mon temps en consacrant quelques années à l'étude de la langue nippone. 

jeudi 29 septembre 2011

Ces occidentaux se ressemblent tous !

Ces jours derniers, je suis allé faire un petit séjour à Londres, et j'en ai rapporté, disons, quelques livres. Dans le lot, un exemplaire de Bat-Manga!, un gros livre trouvé chez un soldeur. Crédité à Chip Kidd, Geoff Spear et Saul Ferris, il s'agit d'un recueil de bandes de Batman réalisées par le dessinateur japonais Jirô Kuwata pour l'hebdomadaire Shônen King en 1966 et 1967. La série télévisée de Batman passait alors sur les écrans nippons et les responsables de la revue avaient demandé à Kuwata d'en réaliser une version en BD, sans doute jugée plus acceptable pour les lecteurs du cru que les comics d'origine.
Un aspect du Batman japonais qui frappe immédiatement le lecteur occidental, c'est que Kuwata ne fait pas le moindre effort pour faire ressembler ses versions de Bruce Wayne et Dick Grayson aux versions américaines, ou même aux acteurs jouant les rôles dans la série télévisée. Il se contente de reprendre les personnages de sa série précédente, 8-man, qu'il dessinait dans Shônen Magazine sur scénario de Kazumasa Hirai. Hachirô Azuma, l'alias d'8-man, sert de modèle à Bruce Wayne, Ichirô, le jeune assistant d'Hachirô, prête ses traits à Dick Grayson.
Quand on y réfléchit, cela n'a rien d'étonnant. Pour un dessinateur de BD, créer de toutes pièces un nouveau personnage et apprendre à le maîtriser graphiquement (afin qu'il soit toujours lui-même d'une case à l'autre) demande un certain temps. Le temps, les auteurs de BD populaire n'en ont guère, trop occupés qu'ils sont par la simple production de leurs planches. Logiquement, la BD populaire, qu'elle soit européenne, américaine ou asiatique, regorge de personnages identiques, souvent des "types" (le beau héros, la copine du héros, l'assistant du héros, le méchant…).
Dans cette optique, le fait qu'Osamu Tezuka considère ses personnages comme des acteurs à qui il fait endosser des rôles apparaît moins comme un hommage appuyé au cinéma et au dessin animé que comme une justification - certes habile - à son utilisation récurrente des mêmes figures, une pratique courante dans la bande dessinée.

Ci-dessus, Hachirô Azuma en train de distraire son jeune assistant Ichirô afin qu'il ne remarque pas qu'il s'est habilement éclipsé sous l'identité d'8-man.

Hachirô et Ichirô font des heures sup', non pas dans un bateau mais dans une Batmobile.

vendredi 19 août 2011

Où je baratine à propos du bara


En ce moment, j'écris un article sur le bara. Ou plutôt, en ce moment, je devrais être en train d'écrire un article sur le bara, qui est commencé mais que je ne finirai qu'après quelques traductions urgentes. Pour ceux qui l'ignorent (la majorité de la population mondiale, j'imagine) le bara est un genre de BD japonaise destiné au lectorat homosexuel. Non, je ne parle pas du yaoi, qui est destiné aux lectrices hétérosexuelles. Le bara, ce sont des BD qui paraissent dans les revues gays japonaises (ou, depuis les années 2000, dans des livres-revues spécifiques au genre). Les personnages ont des physiques très masculins, et les histoires parlent de relations entre hommes, très souvent en mettant en avant la composante sexuelle, mais pas uniquement. L'article que je prépare doit paraître dans la nouvelle édition mise à jour et augmentée du premier numéro de Mangas 10000 images.
Le seul auteur de bara dont les œuvres sont largement disponibles en français est Gengoroh Tagame que, personnellement, j'adore, mais dont je comprends parfaitement que l'on puisse trouver son univers quelque peu excessif (bon, là, je mets un lien vers son bouquin le plus gentil). Or, ne voilà-t-il pas qu'un éditeur italien tout nouveau, renbooks, entreprend de traduire un auteur de bara nettement plus "tout public", Kotaro Takemoto. "Baciando il cielo" signifie "embrasser le ciel", et dans l'original nippon, il y a un jeu de mot, car l'un des jeunes gens de l'histoire qui donne son titre au recueil s'appelle Sora, ce qui signifie "ciel" en japonais. Bref, tout cela pour dire que ceux qui veulent découvrir cet auteur sans avoir à apprendre le japonais peuvent désormais le faire (bon, d'accord, il faut connaître l'italien, mais reconnaissez que c'est autrement plus facile pour un Français), et ce d'autant plus facilement qu'il est disponible sur Amazon Italie.
Au fait, "bara" signifie "rose" en japonais. Ah, romantisme, quand tu nous tiens…

dimanche 19 décembre 2010

Je suis en train de lire ce livre

L'auteur y parle beaucoup de ses lectures, y note ce qu'il a mangé et ce qu'il a fait chaque jour. Comme dans hélas beaucoup trop de traductions du japonais, on y retrouve l'usage intempestif du mot "monsieur" (souvent abrégé en "M.") comme pathétique tentative d'approximation du "san" japonais. Il faudrait expliquer à ces traducteurs qu'en français, on ne marque pas la politesse de la même façon qu'en japonais. Aucun diariste qui viendrait de noter qu'il a lu le dernier livre de Michel Houellebecq ne parlerait ensuite de lui en écrivant "M. Houellebecq", sauf avec un sous-entendu ironique (feinte déférence). Malheureusement, il semble que beaucoup de traducteurs de mangas ne soient guère familier avec la langue française. Face à leurs versions soi-disant françaises, on a l'impression de lire la traduction en français au mot à mot d'un texte nippon.

Je note au passage que la traduction du Journal d'une dépression et du précédent Journal d'une disparition aux éditions Kana ne semble avoir donné à personne l'envie de traduire les bandes dessinées d'Hideo Azuma, ce qui est bien dommage. Ce que j'en ai vu semble augurer d'un auteur à l'univers joyeusement délirant. Ne connaître d'un humoriste que ses moments de déprime, c'est un tantinet paradoxal.